Entre allégations de bagarres, d’intimidation systémique et de divisions syndicales profondes, le malaise semble s’être cristallisé autour d’une lutte de pouvoir interne qui laisse les chauffeurs dans l’incertitude.
Une « clique » pointée du doigt
Selon les témoignages recueillis, le climat de tension ne date pas d’hier. Déjà en 2023, la démission de l’ancien président Marc Rudd, évoquant une détresse psychologique, avait envoyé un signal d’alarme. Aujourd’hui, les sources évoquent l’existence d’une « clique » au sein de l’exécutif syndical du SCFP 3333, où toute dissidence serait accueillie par le ridicule ou l’isolement.
Des surnoms dénigrants, tels que « le mangeux de pigeon » pour un employé d’origine haïtienne ou « l’actuaire » pour celui posant des questions financières, illustreraient cette culture du dénigrement. « Si vous ne faites pas partie du cercle, vous êtes une cible », confie une source.
Un syndicat déchiré
L’élection récente de Jean-François Lussier à la présidence, défaisant l’équipe en place, n’a fait qu’envenimer la situation. Le nouveau président se retrouverait dans une impasse : accès aux dossiers bloqué, absence d’outils de travail et exclusion systématique. Lors d’un récent congrès à Trois-Rivières, il aurait été forcé de s’asseoir seul, loin de sa propre section locale, sous les rires de ses collègues.
L’exécutif a récemment publié un communiqué annonçant l’arrêt de travail de M. Lussier sans son consentement clair, une pratique jugée hautement irrégulière par plusieurs membres.
Réactions de l’employeur et du syndicat
Sollicité pour réagir, le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), par la voix de sa porte-parole Lisa Djevahirdjian, confirme avoir été interpelé. « Nous avons été contactés concernant des plaintes alléguant une situation difficile au RTL. Nous nous penchons sur la situation et agirons selon nos conclusions », indique-t-elle. Malgré ces plaintes, de nombreux chauffeurs déplorent la lenteur des suivis de la centrale.
De son côté, la direction du RTL semble se distancier du conflit, précisant que la majorité des incidents rapportés se produisent dans les locaux syndicaux et non sur les installations de l’employeur. « À ce jour, aucun événement correspondant aux situations évoquées n’a été porté à l’attention de nos gestionnaires », laisse entendre la relationniste du RTL, Laurence Plourde-Mainville, tout en rappelant l’existence de mécanismes formels contre le harcèlement.
Pendant que les dossiers des membres stagnent, les chauffeurs s’inquiètent de la qualité de leur représentation. La perte de confiance est telle que l’idée de changer de centrale syndicale circule désormais ouvertement sur les réseaux sociaux.


